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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Ponts - Yòrgos Houliàras - To Brooklyn bridge - Hart Crane

Ponts - Yòrgos Houliàras - To Brooklyn bridge - Hart Crane

C’est en lisant Yórgos Houliáras que j’ai croisé Hart Crane. Dans Ponts, la rêverie du poète grec bifurque soudain vers le Brooklyn Bridge, comme si un pont en appelait un autre. De la Grèce à New York, de l’ironie à la ferveur, les deux poètes poursuivent la même traversée : relier la vie ordinaire à l’invisible par la grâce du poème.

ΓΕΦΥΡΕΣ


Οφθαλµόν αντί οδόντος µπορεί να είπε η γιατρός
που λοξά κοίταζα βυθισµένος στην πολυθρόνα της
γιατί δούλευε όρθια πλάι µου ενώ ονειροπολούσα
πως ναρκωµένος από τρυφερά εκκρεµείς κινήσεις
των µαλλιών που ελαφρά συσκότιζαν τα µάτια της
θα έβρισκα το φίλτρο που αλυσιτελώς επεκτείνει
µαζεµένες κάτω από ιατρικό σκούφο πλεξούδες
γυρεύοντας να παρασύρει σε λεωφόρους και στενά
της επιθυµίας που όπως η γέφυρα του Μπρούκλιν
στο ακαταµάχητο εκείνο ποίηµα του Χαρτ Κρέιν
θα συνέδεε το σπίτι της µε το ιατρείο στο Μανχάταν
αλλά αµφιβάλλω αν πράγµατι είπε κάτι τέτοιο
καθώς µε τις σκληρές απαιτήσεις της οδοντιατρικής
ποιος έχει χρόνο να διαβάζει αρχαίες γραφές
που ακόµη και τον Ατλαντικό θα γεφύρωναν
στα φτερά τους επιστρέφοντας τον άγγελο αυτό
στα πολωνικά πάλι χώµατα όπου ένας παππούς
χωρίς δόντια ονειρευόταν χαµόγελα των ραββίνων

Ponts

 

OEil pour dent a dit peut-être la dentiste

que j'observais de biais enfoncé dans son fauteuil

car elle travaillait debout à mon côté et moi

je rêvais qu'endormi par le tendre balancement

des cheveux qui couvraient légèrement ses yeux

je trouverais le filtre qui déroule en vain

les nattes rassemblées sous le bonnet médical

cherchant à m'entraîner dans les avenues et les ruelles

du désir qui pareil au pont de Brooklyn

dans l'irrésistible poème de Hart Crane

relierait son chez elle à son cabinet dans Manhattan

mais je doute qu'elle ait vraiment dit une chose pareille

car vu les rudes exigences de l'art dentaire

qui a le temps de lire les anciennes écritures 

qui lanceraient un pont sur l'Atlantique lui-même

ramenant sur leurs ailes cet ange

sur la terre polonaise où un grand-père

sans dents rêvait aux sourires des rabbins.

 

Traduction de Michel Volkovitch - Extrait de Poètes grecs du 21e siècle, choisis, traduits et présentés par Michel Volkovitch - Edition le miel des anges.

Ponts - Yòrgos Houliàras - To Brooklyn bridge - Hart Crane

The Bridge: To Brooklyn Bridge
By Hart Crane


How many dawns, chill from his rippling rest
The seagull’s wings shall dip and pivot him,
Shedding white rings of tumult, building high
Over the chained bay waters Liberty—

Then, with inviolate curve, forsake our eyes   
As apparitional as sails that cross
Some page of figures to be filed away;
—Till elevators drop us from our day ...

I think of cinemas, panoramic sleights
With multitudes bent toward some flashing scene
Never disclosed, but hastened to again,
Foretold to other eyes on the same screen;

And Thee, across the harbor, silver paced
As though the sun took step of thee yet left
Some motion ever unspent in thy stride,—
Implicitly thy freedom staying thee!

Out of some subway scuttle, cell or loft
A bedlamite speeds to thy parapets,
Tilting there momently, shrill shirt ballooning,
A jest falls from the speechless caravan.

Down Wall, from girder into street noon leaks,
A rip-tooth of the sky’s acetylene;
All afternoon the cloud flown derricks turn ...
Thy cables breathe the North Atlantic still.

And obscure as that heaven of the Jews,
Thy guerdon ... Accolade thou dost bestow
Of anonymity time cannot raise:
Vibrant reprieve and pardon thou dost show.

O harp and altar, of the fury fused,
(How could mere toil align thy choiring strings!)
Terrific threshold of the prophet’s pledge,
Prayer of pariah, and the lover’s cry,

Again the traffic lights that skim thy swift
Unfractioned idiom, immaculate sigh of stars,
Beading thy path—condense eternity:
And we have seen night lifted in thine arms.

Under thy shadow by the piers I waited
Only in darkness is thy shadow clear.
The City’s fiery parcels all undone,
Already snow submerges an iron year ...

O Sleepless as the river under thee,
Vaulting the sea, the prairies’ dreaming sod,         
Unto us lowliest sometime sweep, descend
And of the curveship lend a myth to God.

 

Copyright Credit: Hart Crane, "To Brooklyn Bridge" from The Complete Poems of Hart Crane, edited by Marc SImon

Au pont de Brooklyn
(traduction par Sarah Cornemillot)

 

Maintes aubes, glacées par son repos frémissant

Les ailes de la mouette plongeront et tourneront,

Créant de tumultueux anneaux blancs, bâtissant haut

Au-dessus des eaux enchaînées, la Liberté –

Puis, avec des courbes parfaites, pâliront devant nos yeux

Apparitions aussi fuyantes que les voiles qui traversent

Une page de nombres classés et oubliés ;

– Jusqu’à ce que les ascenseurs nous relâchent de notre journée…

Je pense aux cinémas, aux artifices panoramiques

Des multitudes se penchant sur une scène aveuglante

Jamais dévoilée, mais accélérée une fois encore,

Prédite à d’autres yeux sur le même écran ;

  

Et Toi, de l’autre coté du port, à l’allure d’argent

Comme si le soleil adoptait la tienne, et pourtant laissait

Quelque mouvement à jamais inachevé dans ton sillage, –

Ta liberté demeure, implicite !

Débouchant de quelque bouche de métro, cellule ou appartement

Un fou court vers ton parapet,

Se penche là un moment, chemise-montgolfière,

Une plaisanterie tombe de la caravane muette.

À Wall Street, midi ruisselle des poutres dans les rues,

Une brèche dans l’acétylène du ciel ;

Tout l’après-midi tournent les mâts de charge noyés de nuages…

Tes câbles exhalent toujours l’Atlantique Nord.

Et aussi obscure que ce paradis des Juifs,

Ta récompense… Tu accordes

L’anonymat que le temps ne peut offrir

Tu fais présent d’un répit et d’un pardon vibrants.

O harpe et autel, unis dans la furie

( Comment le simple labeur peut-il aligner tes cordes chantantes !)

Seuil terrifiant du serment du prophète,

Prière du paria pleurs de l’amant, –

Les feux de circulation de nouveau, qui délayent ton idiome

Vif et entier, soupir immaculé des étoiles,

Parsemant ton chemin de perles – l’éternité condensée :

Et nous t’avons vu soulever la nuit dans tes bras.

Sous ton ombre près de la jetée, j’ai attendu ;

Ton ombre n’est claire que dans l’obscurité.

Les quartiers ardents de la Ville défaits,

Déjà la neige recouvre une année de fer…

Ô aussi inlassable que la rivière en dessous de toi,

Arche au dessus la mer, terre rêvée de la prairie,

Au dessus de nous en pente douce descends,

De ta courbe prête un mythe à Dieu.

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