Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
26 Mars 2026
Dans La Grande Passacaille, Claude Vigée déploie un poème rythmé par le souffle et le ressac, où les mots avancent par retours et variations, à la manière d’une forme musicale. Portée par des images de vent, de mer et de silence, l’écriture explore le passage du temps et la quête d’un recommencement. Cette cadence profonde et obsédante fait écho au troisième mouvement de la Passacaille de Maurice Ravel, dont la lente montée en intensité accompagne la lecture comme une respiration intérieure, reliant poésie et musique dans un même élan.
La Grande Passacaille
par Claude Vigée
Écoute le roulement des galets dans la mer !
Hors les murs nus de l'être prolongeant
la hantise de la musique muette,
soudain murmurent en nous les flûtes du crépuscule.
Dans le passage de notre souffle mortel
les mots tracent le sens que nous espérions rencontrer
en explorant du regard
chaque soir chaque matin qui hennit en plein ciel -
la bouche ouverte boit
le vent pluvieux toujours resurgissant,
le vent qui vient d'ailleurs
et porte en soi comme une absence
le silence pareil au germe jaillissant
hors du commencement, sans visage et sans lieu :
respirer de nouveau, plonger dans le temps fabuleux des noces
où s'étreignent le jour et la nuit emmêlés.
Afflux divin du livre qui en porte le rythme
comme une lame de fond arrachée au ventre de la mer,
chevaux d'écume dansant, caracolant, puis tout à coup
se cabrant pour jouir
jusqu'à la crête mortelle et blanchissante du ressac.
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane