Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
16 Janvier 2026
Publiées en 1915, les Trois Chansons de Maurice Ravel insufflent une légèreté bienvenue dans un contexte de guerre. La troisième pièce du cycle, « Ronde », s’inscrit dans la continuité de « Nicolette » et de « Trois beaux oiseaux du paradis » par son inspiration populaire et son lien avec les chansons enfantines, rappelant notamment la comptine « Nous n’irons plus au bois ».
Dans cette ronde vive, écrite sur un texte du compositeur lui-même, les anciens mettent en garde les jeunes contre le bois d’Ormonde, prétendument peuplé de monstres, donnant lieu à une énumération fantasque de créatures aux noms aussi savoureux qu’imprononçables.
Les vieilles :
N'allez pas au bois d'Ormonde,
Jeunes filles, n'allez pas au bois:
Il y a plein de satyres, de centaures, de malins sorciers,
Des farfadets et des incubes,
Des ogres, des lutins,
Des faunes, des follets, des lamies,
Diables, diablots, diablotins,
Des chèvre-pieds, des gnomes, des démons,
Des loups-garous, des elfes, des myrmidons,
Des enchanteurs et des mages, des striges, des sylphes,
des moines-bourrus, des cyclopes, des djinns,
gobelins, korrigans, nécromans, kobolds…
Ah !
N'allez pas au bois d'Ormonde,
N'allez pas au bois.
Les vieux :
N'allez pas au bois d'Ormonde,
Jeunes garçons, n'allez pas au bois :
Il y a plein de faunesses, de bacchantes et de males fées,
Des satyresses, des ogresses,
Et des babaïagas,
Des centauresses et des diablesses,
Goules sortant du sabbat,
Des farfadettes et des démones,
Des larves, des nymphes, des myrmidones,
Hamadryades, dryades, naïades, ménades,
thyades, follettes, lémures, gnomides,
succubes, gorgones, gobelines…
Ah !
N'allez pas au bois d'Ormonde,
N'allez pas au bois.
Les filles / Les garçons (les parenthèses indiquent des vers chantés simultanément avec le texte qui précède) :
N'irons plus au bois d'Ormonde,
Hélas ! plus jamais n'irons au bois.
Il n'y a plus de satyres, plus de nymphes ni de males fées.
Plus de farfadets, plus d'incubes,
Plus d'ogres, de lutins,
Plus d'ogresses,
De faunes, de follets, de lamies,
Diables, diablots, diablotins,
(De satyresses, non).
De chèvre-pieds, de gnomes, de démons,
(Plus de faunesses, non!)
De loups-garous, ni d'elfes, de myrmidons
Plus d'enchanteurs ni de mages, de striges,
de sylphes, de moines-bourrus, de cyclopes,
de djinns, de diabloteaux, d'éfrits, d'ægypans,
de sylvains, gobelins, korrigans, nécromans, kobolds ...
(De centauresses, de naïades, de thyades,
Ni de ménades, d'hamadryades, dryades, follettes,
lémures, gnomides, succubes, gorgones, gobelines)
Ah !
N'allez pas au bois d'Ormonde,
N'allez pas au bois.
Les malavisées vieilles,
Les malavisés vieux
les ont effarouchés — Ah !
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane