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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Être son propre maître

A. Dürer - Melencolia 1

A. Dürer - Melencolia 1

Paul Fleming (1609-1640) est l’un des grands poètes du Frühbarock allemand. Il vit dans une Europe bouleversée par la Guerre de Trente Ans — guerre interminable, déplacements, instabilité politique et religieuse.

Fleming lui-même voyage beaucoup (Russie, Perse) au service de missions diplomatiques. Cette expérience du monde instable nourrit une poésie marquée par :

  • la conscience du destin (Verhängnis),

  • la précarité des choses,

  • mais aussi une forte dimension stoïcienne.

Ce poème relève de cette veine : une exhortation morale à la constance, à la maîtrise de soi, à l’indépendance intérieure face aux caprices du sort. On y entend presque un écho de Sénèque ou d’Épictète : le monde extérieur ne nous appartient pas, mais nous pouvons nous gouverner.

Ce n’est pas un texte liturgique à proprement parler, mais un poème moral et spirituel, qui a pu être repris dans des contextes musicaux religieux

An sich selbst

Sei dennoch unverzagt, gib dennoch unverloren,
Weich keinem Glücke nicht, steh höher als der Neid,
Vergnüge dich an dir und acht es für kein Leid,
Hat sich gleich wider dich Glück, Ort und Zeit verschworen.

Was dich betrübt und labt, halt alles für erkoren,
Nimm dein Verhängnis an, lass alles unbereut.
Tu, was getan muß sein, eh man dir's gebeut.
Was du noch hoffen kannst, das wird noch stets geboren.

Was klagt, was lobt man doch? 
Sein Unglück und sein Glücke
Ist sich ein jeder selbst. Schau alle Sachen an,
Dies alles ist in dir. Laß deinen eitlen Wahn,

Und eh du vorwärts gehst, so geh in dich zurücke.
Wer sein selbst Meister ist und sich beherrschen kann,
Dem ist die weite Welt und alles untertan.

Paul Fleming (1609 - 1640), deutscher geistlicher Dichter und Lyriker des Frühbarock

À soi-même

Sois pourtant sans effroi, ne te crois pas perdu,
Ne cède point au sort, sois plus haut que l'envie,
Trouve en toi ton plaisir, et ne compte pour rien
Si le sort, le lieu, l'heure ont conspiré contre toi.

Ce qui t'attriste ou plaît, tiens-le pour destiné,
Accepte ton malheur, ne regrette donc rien.
Fais ce qui doit être fait, avant qu'on te l'ordonne.
Tout ce que tu peux espérer, il naitra toujours.

Pourquoi se plaindre, pourquoi louer ?
Son malheur et son bonheur,
Chacun se les donne. Regarde toute chose :
Tout ceci est en toi. Laisse là ton vain délire,

Et avant d'aller plus avant, rentre d'abord en toi-même.
Qui est maître de soi et peut se gouverner,
À celui-là le vaste monde et tout est assujetti.

(Essai de traduction, soyez indulgents...)

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