Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
15 Août 2026
Pour illustrer cette gwerz, une photo de la petite bergeronnette des ruisseaux que l'on aperçoit souvent sur les rochers à Pont-Aven
Chant traditionnel de Basse-Cornouaille, Ul labousig er c’hoad met en scène un petit oiseau venu murmurer à l’oreille d’une jeune fille des conseils d’amour et de prudence. Sous l’apparente légèreté de l’image — un oiseau aux ailes jaunes posé sur un manteau au petit matin — se déploie un dialogue ancien entre désir et retenue, promesse d’or et fidélité à soi-même. Comme souvent dans la tradition bretonne, la mer n’est jamais loin : elle est l’horizon du départ, l’épreuve, le risque moral. Le chant oppose ainsi la séduction du large à la permanence du foyer, et se clôt sur un refus net : mieux vaut se jeter à l’eau que perdre son honneur.
J’ai découvert cette chanson au détour d’une nouvelle de Youenn Drezen, Mintin glas, publiée dans le recueil bilingue édité par Liamm pour célébrer les cent ans de la revue Gwalarn. Au fil du récit, le chant affleure comme une mémoire enfouie : quelques vers suffisent à faire surgir tout un monde de voix, de grèves et de silences.
Je vous en propose deux interprétations, celle d'Annie Ebrel
Ul labousig er c’hoad melen e zivaskell (bis)
A ziskenn bep mintin war gornig ma mantell (bis)
Hag a lavar kalz traoù din ma karfen e grediñ (bis)
Ma zimezez er bloaz-mañ ’gemer ket un intañv (bis)
Kar kalon un intañv a zo chagrin noz ha deiz (bis)
Kalon un den yaouank a zo joaius ha gae (bis)
Deuit ganin ’ta plac’h yaouank war vourzh ma batimant (bis)
Ha ni ’vo pinvidik en aour hag en argant (bis)
Ma zad neuze ma mamm ne vefent ket kontant (bis)
Ma ’yafen-me ganeoc’h war bourzh ho patimant (bis)
Ho tad neuze ho mamm a chomo ’barzh ar gêr (bis)
Ha ni a yelo hon-daou da vro an Añgleter (bis)
Gwelloc’h din den yaouank ’n em daoler ’barzh ar mor (bis)
Kentoc’h ’vit mont ganeoc’h da gollet ma enor
Et celle de Denez Prigent qui reprend ce chant sous un titre différent : Deuit d'am batimant
Un petit oiseau dans le bois, aux ailes jaunes,
descend tous les matins
sur le bord de mon manteau.
Et il me dit tant de choses, si j’acceptais de les croire :
« Si tu te maries cette année, n’épouse pas un veuf. »
Car le cœur d’un veuf est triste, nuit et jour,
tandis que le cœur d’un jeune homme est joyeux et gai.
« Viens avec moi, jeune fille, sur le pont de mon navire,
et nous serons riches en or et en argent. »
« Mon père et ma mère ne seraient pas contents
si j’allais avec vous à bord de votre bâtiment. »
« Votre père et votre mère resteront à la maison,
et nous irons tous les deux en Angleterre. »
Je préfère, jeune homme, me jeter à la mer
plutôt que de perdre mon honneur avec vous
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane