Choses nouées
Excursion
La mer à Skaramangas est nouée,
compacte. Les pétroliers dégagent
une fumée noire d’immobilité.
Mettons que tu existes.
Le parcours se dilate suspendu au regard.
Un nuage sale tache les routes là-haut,
en bas l’âme pure est reportée encore.
Mettons que tu existes.
La bride du cheval restera nouée à l’arbre.
Dans ma cervelle, beaucoup de pareils nœuds,
beaucoup de pareils liens.
Mettons que tu existes.
Dans le rétroviseur se regarde
un puits à sec.
La terre ici et là fraîchement creusée.
Le même soin
pour les morts et les graines.
La terre frémit.
Mettons que tu existes.
A Mycènes exclamations et tombeaux.
Pierre tourmentée par la célébrité.
Passions de bonne famille, dignes de mémoire.
Nos passions à nous
n’auront pas le moindre visiteur,
l’oubli les attend, affamé toujours.
Mettons que tu existes.
A Nauplie encore un bateau blanc.
Pas tout à fait bateau et pas tout à fait blanc.
Mettons que tu existes.
Laissant les équivoques
nous sommes entrés dans les roseaux
les citronniers les cyprès.
Image fruitière – je t’arrose.
Mettons que tu existes.
Au loin dans la montée
halète un petit train noir.
Comme une délivrance à bout de forces.
Mettons que tu existes.
Comme l’eau coulant dans des régions désertes,
comme une balle dans le cœur d’un oiseau empaillé.
Superflus.
Traduit du grec par Michel Volkovitch
in, Kiki Dimoulá : « Le peu du monde, suivi de Je te salue jamais »
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