Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
18 Juillet 2026
Je viens de rentrer d’un livre
tout couvert de ses mots
de ses pages
au point de ne plus savoir
si je suis
où je suis
chez lui ?
chez moi ?
chez nous
où j’habite désormais
où je laisse passer en grand
le ciel du livre
de qui
de quoi avons-nous parlé
les yeux contre ses pages ?
du pays qui n’est pas *
le pays où il est mon ami de là-bas
si loin
si proche
Il a encore son nom sur la carte
« Où est-elle la mort ? » Il n’avait plus peur car il n’y avait
plus de mort. Au lieu de la mort il voyait la lumière » *
disait Ivan Illich
par la voix de Tolstoï
au pied de sa mort et à la fin du livre
mais qui disait cela
le héros
le lecteur ?
quand il survivrait au héros
et même à l’auteur du héros
jusqu’où ?
« Il n’avait plus peur car il n’y avait plus de mort »
par quel miracle lui est venue cette phrase
de quel côté de ces mots sommes-nous ?
la peur
la mort
elles avancent côte à côte
en prenant leur élan vers un secret
par des ponts sur des rivières gelées
que les chevaux passent avec nos rêves en croupe
nos rêves de traverser comme dans un rêve
Le pays qui n’est pas
mais déjà en toi
mon ami de là-bas
si près d’ici
séparé de nous
par la profondeur de la question
qui se jette dans le ciel
et dans le prochain livre où il va entrer
le livre
que personne jamais n’écrira
jamais
ne lira
ici
Extrait d’Un soir d’avoir été – Yvon Le Men
* le pays qui n'est pas : Edith Södergran, traduit du suédois par C.G. Bjurström et Lucie Albertini.
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane