Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
6 Octobre 2026
Il arrive qu'une photographie semble contenir un silence si dense qu'elle appelle les mots. Non pour l'expliquer, mais pour prolonger son souffle. C'est ce dialogue qu'ont noué le photographe Jean Dieuzaide et le poète Michel Baglin dans Les Chants du regard.
La photographie de La Gitane du Sacro-Monte, prise dans les hauteurs de Grenade, saisit un instant de grâce et de dignité. Face à elle, Michel Baglin n'écrit pas sur l'image, mais avec elle.
Gitane
Elle n’est pas contre le fait qu’on la photographie. Elle est belle et n’a rien à prouver ni rien à perdre, pas même son naturel.
Elle veut bien poser un peu, là, comme on l’a surprise, l’enfant tétant son sein dans les rues de Sacro-Monte, le visage ouvert à l’avenir.
Elle admet être un emblème. Le temps d’un cliché. La tête haute et le regard fier, mais une ride au front pour le jeu ou l’ironie.
Elle n’est pas dupe, elle accepte d’être souveraine. Pour tous les siens derrière elle, leurs vies levées dans les voiles du vent, leurs peaux qui s’écorchent aux barbelés parfois.
Un arrière-plan de sourires la porte. Celui des femmes surtout, leurs braises ardentes, qu’elle célèbre. En rayonnant.
Michel Baglin
Sur une photographie de Jean Dieuzaide, «La Gitane du Sacro-Monte».
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane