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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

À la rencontre du soldat Laurent, par les chemins du breton

J’ai découvert le nom de Gweltaz ar Fur — né Gildas Le Fur en 1950 à Hennebont — en lisant le roman Que ma terre demeure d’Hervé Jaouen, où l’auteur le cite comme référence essentielle pour la langue bretonne. Auteur-compositeur-interprète, figure de proue du renouveau culturel des années 1970, il a consacré son œuvre et son engagement à la défense du breton, que ce soit à travers ses chansons, ses activités éditoriales ou son rôle dans la fondation des écoles Diwan. Son album Bonedoù Ruz (1975) révèle notamment la gwerz du soldat François-Marie Laurent, fusillé en 1914 parce qu’il ne parlait pas français : une histoire qui résonne avec force dans le parcours d’un artiste profondément attaché à la mémoire et à la dignité de sa langue.

Mathurin Méheut - Exécution capitale

Mathurin Méheut - Exécution capitale

Dans son album Bonedoù Ruz (1975), Gweltaz Ar Fur remet en lumière l’histoire bouleversante du soldat breton François-Marie Laurent, né à Mellionnec en 1885, fusillé en 1914 « pour l’exemple ». Paysan mobilisé au début de la Grande Guerre, suspecté à tort de mutilation volontaire, il paiera de sa vie une faute qu’il n’avait pas commise — sa seule « faute », peut-être, d’être un homme de langue bretonne incapable de se défendre en français. Condamné sans enquête, exécuté au petit matin du 19 octobre 1914, il laisse derrière lui une veuve et deux enfants frappés d’infamie. Sa réhabilitation n’interviendra qu’en 1933, près de vingt ans trop tard. La gwerz qui suit, enregistrée par Ar Fur, porte la voix de ce soldat réduit au silence : une plainte simple, poignante, qui rappelle la violence d’une époque où l’on pouvait mourir non pour avoir trahi, mais pour n’avoir pas été compris.

Frankiz ar Vretoned

E-men ‘mañ aet Frañsez Laorañs,
E-men ‘mañ aet Frañsez Laorañs,
E-men ‘mañ aet Frañsez Laorañs ?
Aet eo da bell da servij Bro-Frañs
Aet eo da bell da servij Bro-Frañs.

Demat deoc'h-c'hwi ma c'habiten,
Demat deoc'h-c'hwi ma c'homandant.
A Velioneg ‘oan kaset amañ,
Sañset difenn frontier mem bro
En arvar ged an Alamant.

Serrit ho peg ged ho parlant,
Lakit hor glaz a wiskamant !
Serrit ho peg, c'hwi, ged ho preg,
Touzit ho penn, dav d'an talbenn !
C'hwi 'vo war-vlein ma rejumant.

Heñ 'n em gavas ‘n noz diwezhat,
Gloazet e zorn, o koll e wad.
Heñ 'n em gavas a-benn dor ur c'hamp,
An hini hon tud pe enebour ?
Ne gredas ket goulenn sikour !

'Benn ar mintin pa voe kavet,
‘Ba’ 'n ur prizon, heñ ' voe kaset,
'Gaoz d'e borpant, uniform gall,
'Gaoz d’e barlant, 'n hini a'r re 'rall !
'Gaoz d’e barlant, 'n hini a'r re 'rall !

Arall e yezh, arall e vro,
‘Vel un treitour, ra vo maro !
Heñ a dalc’has start ouzh an tenn,
Betek ar fin, ya, hep kompren
Betek ar fin, ya, hep kompren.

Ha, c'hwi 'lâray din, mar karit,
Ya, c'hwi 'lâray din, mar karit,
Gwell 've bet huchal "Bevet Bro-C'hall !"
Pa gouezhe e-dan seurt boledoù fall,
Seurt boledoù ' oa boledoù gall.

FRANÇOIS LAURENT 

Où est donc allé François Laurent,
Où est donc allé François Laurent,
Où est donc allé François Laurent ?
Il est parti là-bas, loin, pour servir la France,
Il est parti là-bas, loin, pour servir la France.

Bonjour à vous, mon capitaine,
Bonjour à vous, mon commandant.
De Mellionnec, c’est là qu’on m’a envoyé,
Il paraît que je dois défendre la frontière de mon pays,
Menacée à cause des Allemands.

Tais-toi, arrête donc de parler,
Prends ton uniforme vert !
Tais-toi, avec tes jérémiades,
Qu’on lui rase la tête, et au front !
Tu seras en première ligne dans mon régiment.

Il se retrouva tard, un soir,
La main blessée, perdant son sang.
Il se retrouva dans un hôpital de campagne :
Était-ce celui des nôtres ou celui de l’ennemi ?
Il pensa qu’il n’avait pas à demander de l’aide !

Le lendemain du jour où on le trouva,
On le jeta dans une prison.
Certes, il portait l’uniforme français,
Mais il parlait une langue étrangère,
Oui, il parlait une langue étrangère !

Étrangère la langue, étranger son pays :
Il mourra comme un traître !
Et lui restera fidèle jusqu’à la fusillade,
Jusqu’au bout, oui, mais sans comprendre,
Jusqu’au bout, oui, mais sans comprendre.

Et vous me direz, si le cœur vous en dit,
Oui, vous me direz, si le cœur vous en dit,
Qu’il aurait bien fait de crier « Vive la France »
Au moment où il tombait sous les balles meurtrières,
Et ces balles, oui, c’étaient des balles françaises.

(essai de traduction, depuis la version italienne proposée sur le site Canzone contro la guerra, soyez indulgents !)

P.S. : pour la petite note culturelle de bas de page... une vidéo (Bali Breizh evel-just) présentant Gweltaz ar Fur

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