Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
7 Avril 2026
« La fin de la Seconde Guerre mondiale est suivie du début de la guerre civile. Makronissos constitue l'une des pages les plus sombres de son histoire. En 1947, tous les nouveaux soldats aux « opinions suspectes » y sont exilés, renforçant ainsi les trois bataillons spéciaux de fantassins (A' ETO, B' ETO, C' ETO). En 1948, le 4e bataillon est créé, dans lequel sont transférés les exilés politiques. Comme dans le « baptistère de Siloé », comme on appelait Makronisi, la terreur et la torture étaient les méthodes utilisées pour le baptême idéologique, qui se traduisait par une déclaration de repentance. Des Grecs torturaient des Grecs. Des « patriotes » torturaient des patriotes. Trois personnes vivaient dans des tentes prévues pour une seule. Les épreuves étaient nombreuses, notamment celle de la soif. Lorsque le bateau qui transportait l'eau ne pouvait pas arriver, on leur donnait de la morue salée... Les menaces, les tortures individuelles et collectives faisaient partie du programme quotidien dans le but de les faire plier, de briser leur moral. Ceux qui ne signaient pas la déclaration de repentance étaient transférés dans la gorge de l'A' ETO et de là, ils passaient en cour martiale. Ceux qui signaient, pour prouver leur conversion, se voyaient remettre des pierres dans les mains et étaient contraints de lapider les irréductibles. Ceux qui, peu de temps auparavant, partageaient les mêmes peurs. » -
Melina Merkouri.
par Gian Piero Testa
Du début de 1947 à 1951, Makronissos (Long Island*), situé en mer Égée, à l'est du cap Sounion (Kabo Kolones) en Attique, servit de camp de déportation pour les andartes (rébellions) communistes ayant combattu dans la Résistance contre les nazis, puis lors de l'emfilio (guerre civile) de 1944-1949. En 1951, l'opinion publique internationale et l'ONU contraignirent le gouvernement grec à démanteler ce camp de concentration et à répartir les prisonniers dans des camps offrant des conditions de vie plus décentes et un régime carcéral moins brutal et arbitraire. À Makronissos, terre aride, aucun arbre ne pousse, seules des pierres s'étendent à perte de vue. Les récits de ce qui s'est passé là-bas présentent la même sinistre ressemblance avec ceux de tous ces lieux (goulags, camps de concentration, prisons spéciales, etc.) où la destruction physique et morale des adversaires politiques et ethniques est planifiée et son exécution confiée à des individus aux tendances particulièrement sadiques. Ritsos, qui y avait été amené depuis Limnos (voir le premier poème dédié au chien Dick), fut ensuite transféré au camp de concentration d'Ai-Stratos. Libéré en 1952, il retourna en prison et fut de nouveau détenu sous la junte du colonel Papadópoulos, de 1967 à 1974. Les poèmes écrits là-bas et publiés bien plus tard sous le titre « Makrònissos » constituent une œuvre considérable. Guanda en publia une large sélection en italien en 1970. Dans les années 1970, Thanos Mikroutsikos, alors ministre de la Culture du gouvernement socialiste d'André Papadópoulos, mit en musique des fragments de six de ses compositions.
Οι γερόντοι
Κάθε τόσο Μας έρχονται καινούριες καραβιές γερόντοι
απ’ το Μοριά, απ’ τη Ρούμελη
Και πιο πάνω απ’ τα Τρίκαλα και τη Μακεδονία
Λιγνοί γερόντοι χοντροκόκκαλοι μ’άσπρα μουστάκια και φλοκάτες
Μυρίζουν σβουνιά και χωράφι
Μέσα στα μάτια τους βελάζουν τα πρόβατα του απόβραδου
Στα τσουλούφια τους κρέμονται οι σκιές των πλατανόφυλλων
Μιλάνε λίγο δεν μιλάνε καθόλου ωστόσο πότε πότε το βλέπεις
Πού’χουν συμπεθεριάσει με τα ελάτια
Μια στιγμή που σηκώνουν τα μάτια απ’ το χώμα
Και τηράνε πίσω απ’ τους ώμους μας
Όταν γαλανίζει το βράδυ τις τέντες
Κι ο αγέρας μπλέκει τα μουστάκια του στο θυμάρι
Όταν ο ουρανός κατεβαίνει απ’ τα βράχια
Δρασκελώντας τη θύμηση με τις προκαδούρες των άστρων
κι ο θάνατος κόβει βόλτες αμίλητος έξω απ’ το συρματόπλεγμα,
τότες τους βλέπουμε που συνάζονται τρείς-τρείς, πέντε-πέντε,
σα στα παλιά τα χρόνια στις μπαρουταποθήκες του Μεσολογγιού
Και τότες πια δεν ξέρεις- έτσι συναγμένοι στον αυλόγυρο της βραδιάς
αξούριστοι, άλαλοι,
δεν ξέρεις πια, σαν ανάβουν τα τσακμάκια τους,
αν είναι ν’ ανάψουν το τσιγάρο τους
ή αν είναι ν’ ανάψουν το φιτίλι του δυναμίτη.
Τούτοι οι γερόντοι δε μιλάνε.
Τα παιδιά τους βγήκαν στο κλαρί.
Ετούτοι χώσαν την καρδιά τους στο βουνό
σαν ένα βαρέλι με μπαρούτι.
Δίπλα στα μάτια τους έχουν ένα δεντράκι καλοσύνη,
ανάμεσα στα φρύδια τους ένα γεράκι δύναμη,
κι ένα μουλάρι από θυμό μες στην καρδιά τους
που δε σηκώνει τ’ άδικο
Και τώρα κάθονται εδώ στη Μακρόνησο
στο άνοιγμα του τσαντιριού, αγνάντια στη θάλασσα,
σαν πέτρινα λιοντάρια στη μπασιά της νύχτας,
με τα νύχια μπηγμένα στην πέτρα. Δε μιλάνε.
Κοιτάνε πέρα την αντιφεγγιά της Αθήνας,
κοιτάνε τον ποταμό του Ιορδάνη,
σφίγγοντας μια πέτρα στη χωματένια φούχτα τους,
σφίγγοντας μες στα μάτια τους τα σκάγια των άστρων,
σφίγγοντας μες στο φυλλοκάρδι τους μια δυνατή σιωπή,
εκείνη τη σιωπή που γίνεται πριν απ’ τ’ αστροπελέκι.
À travers cette poésie de Yannis Ritsos mise en musique par Thanos Mikroutsikos, Papageorgiou ne se contente pas d’interpréter : elle interroge, transmet, réveille. Que peut-on encore révéler d’une œuvre aussi vaste, aussi fraternelle ? Quelles paroles faut-il scander comme des mots d’ordre, lesquelles murmurer à l’oreille du présent ?
Papageorgiou prolonge une lignée d’artistes pour qui la poésie demeure une force vive — une manière d’ouvrir, encore et toujours, un passage vers un monde plus juste.
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane