Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
3 Mars 2026
Dans ce fragment célèbre, Sappho saisit l’instant où la nuit s’achève et où l’attente amoureuse se fait brûlure. La lune s’est enfuie, les Pléiades aussi : il est minuit, et le cœur demeure éveillé. Éros, tour à tour douleur, illusion et tempête, traverse le poème comme un souffle violent, ébranlant l’âme autant que le corps.
La mise en musique d’Angélique Ionatos prolonge cette intensité nocturne : sa voix grave et dépouillée épouse le rythme lent du texte, donnant à entendre la solitude, la tension et la force archaïque de la parole sapphique. Le poème devient alors chant, et l’insomnie, une vibration partagée.
Γρήγορα η ώρα πέρασε
Γρήγορα η ώρα πέρασε,
μεσάνυχτα κοντεύουν,
πάει το φεγγάρι,
πάει και η Πούλια, βασιλέψανε
και μόνο εγώ κείτομαι δω μονάχη κι έρημη.
Ο Έρωτας που βάσανα μοιράζει,
Ο Έρωτας που παραμύθια πλάθει
μου άρπαξε την ψυχή μου
και την τράνταξε ίδια καθώς αγέρας απ’ τα βουνά
χυμάει μέσα στους δρυς φυσομανώντας.
Texte de Sappho traduit en grec moderne
par Odysseas Elytis
L'heure a si vite passé
La lune a fui
et les Pléiades
Il est minuit
l'heure passe
et je suis couchée, seule
Eros qui donne la douleur
Eros qui tisse les mensonges
Eros encore a ébranlé mon cœur
comme un vent de montagne s'abattant
sur les chênes.
Traduit par Edith Mora , Sappho, Histoire d'un poète,
Flammarion, 1966 (cf Album A. Ionatos)
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane