Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
9 Mai 2026
Cette chanson, Το Σκάκι, puise sa force dans un poème de Manolis Anagnostakis, figure majeure de la poésie grecque d'après-guerre, dont l'œuvre est marquée par l'angoisse existentielle et les blessures de l'Histoire. La métaphore du jeu d'échecs y est bouleversante : le narrateur sacrifie toutes ses pièces – l'amour (la dame), les amis disparus (les tours), les combats passés – mais refuse d'abandonner son "Fou". Cette pièce qui se déplace toujours en diagonale, obstinément attachée à sa propre couleur, symbolise l'esprit créatif, la part de folie douce qui nous anime, celle qui ose encore rire face aux armures et bousculer les rangées bien ordonnées. Mis en musique par Dimítris Papadimitríou, ce poème est devenu le générique de la série culte "Λόγω Τιμής" (Parole d'Honneur) en 1997, qui retraçait l'histoire politique grecque récente.
A la lecture des commentaires sous la vidéo ci-après, on comprend à quel point les Grecs l'ont adoptée : elle a transcendé son origine pour devenir un hymne intime et collectif, reliant la quête personnelle du poète à la mémoire d'un peuple tout entier. Une invitation puissante à identifier et chérir ce "fou" qui nous est propre, celui qui rend la partie sans fin... et digne d'être vécue.
Έλα να παίξουμε...
Θα σου χαρίσω τη βασίλισσά μου
Ήταν για μένα μια φορά η αγαπημένη
Τώρα δεν έχω πια αγαπημένη
Θα σου χαρίσω τους πύργους μου
Τώρα πια δεν πυροβολώ τους φίλους μου
Έχουν πεθάνει από καιρό
πριν από μένα
Όλα, όλα, και τ' άλογά μου θα στα δώσω
Όλα, όλα, και τ' άλογά μου θα στα δώσω
Μονάχα ετούτο τον τρελό μου θα κρατήσω
που ξέρει μόνο σ' ένα χρώμα να πηγαίνει
δρασκελώντας την μιαν άκρη ως την άλλη
γελώντας μπρος στις τόσες πανοπλίες σου
μπαίνοντας μέσα στις γραμμές σου ξαφνικά
αναστατώνοντας τις στέρεες παρατάξεις
Έλα να παίξουμε...
Ο βασιλιάς αυτός δεν ήτανε ποτέ δικός μου
Κι ύστερα τόσους στρατιώτες τι τους θέλω!
Τραβάνε μπρος σκυφτοί δίχως καν όνειρα
Όλα, όλα, και τ' άλογά μου θα στα δώσω
Όλα, όλα, και τ' άλογά μου θα στα δώσω
Μονάχα ετούτο τον τρελό μου θα κρατήσω
που έρει μόνο σ' ένα χρώμα να πηγαίνει
δρασκελώντας την μιαν άκρη ως την άλλη
γελώντας μπρος στις τόσες πανοπλίες σου
μπαίνοντας μέσα στις γραμμές σου ξαφνικά
αναστατώνοντας τις έριες παρατάξεις
Έλα να παίξουμε...
Κι αυτή δεν έχει τέλος η παρτίδα...
Στίχοι: Μανώλης Αναγνωστάκης -
Μουσική: Δημήτρης Παπαδημητρίου -
Πρώτη εκτέλεση: Γεράσιμος Ανδρεάτος
Viens jouer...
Je t'offrirai ma dame (ma reine)
Elle fut, il était une fois, ma bien-aimée
Maintenant, je n'ai plus de bien-aimée
Je t'offrirai mes tours
Maintenant, je ne tire plus sur mes amis
Ils sont morts depuis longtemps
avant moi
Tout, tout, et mes cavaliers aussi, je te les donnerai
Tout, tout, et mes cavaliers aussi, je te les donnerai
Seulement ce fou-ci, je le garderai
Lui qui ne sait aller que sur une seule couleur
Enjambant d'un bout à l'autre
Riant devant toutes tes armures
Entrant soudainement dans tes lignes
Bouleversant les solides rangées
Viens jouer...
Ce roi-ci n'a jamais été mien
Et puis, tous ces soldats, qu'en ferais-je !
Ils avancent courbés, sans même de rêves
Tout, tout, et mes cavaliers aussi, je te les donnerai
Tout, tout, et mes cavaliers aussi, je te les donnerai
Seulement ce fou-ci, je le garderai
Lui qui ne sait aller que sur une seule couleur
Enjambant d'un bout à l'autre
Riant devant toutes tes armures
Entrant soudainement dans tes lignes
Bouleversant les tristes rangées
Viens jouer...
Et cette partie, elle n'a pas de fin...
Paroles : Manolis Anagnostakis
Musique : Dimítris Papadimitríou
Interprète : Gerásimos Andreátos
(essai de traduction, soyez indulgents...)
A suivre une interview du poète Manolis Anagnostakis (pour mes fidèles lecteurs héllénophones)
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane