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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Kaolila : Ar Sorserez, au front des voix libres

Kaolila : Ar Sorserez, au front des voix libres

Fondé en 2016, le groupe rock-blues Kaolila fait entendre des histoires de femmes du monde entier, cœur battant de leur premier album Pilhioù (2024), récompensé « Album de l’année » aux Prizioù et lauréat 2025 de Produit en Bretagne. Leur reprise d’Ar Sorserez, ancienne chanson du répertoire des sœurs Goadec, ouvre l’album. Elle puise dans la figure de la sorcière, non plus menaçante mais réhabilitée comme femme libre et affranchie, un thème nourri notamment par la lecture de Sorcières de Mona Chollet, offerte au groupe par Marion Gwenn.

L’univers de Kaolila mêle aussi un imaginaire vaudou incarné par des poupées créées pour chacun des musiciens par l’artiste Odette Picaud. Inspirées du métier de chiffonnière du XIXᵉ siècle, ces figurines rejoignent l’histoire personnelle de Marion Gwenn, dont une ancêtre exerçait ce métier : la chanson Pilhioù raconte d’ailleurs sa vie. Les textes écrits en breton par Gégé Gwenn raniment des figures féminines puissantes, de Marie Stuart à la reine angolaise Nzinga Mbande, et interrogent avec humour la place des femmes et celle de la langue bretonne, trop souvent malmenées.

AR SORSEREZ 

 

Laret din me ‘ta plac’hig

Plac’hig a driwec’h vloaz

gant piv e peus te desket

Da Sorserez gentañ

 

Digant ur skolaer Yaouank

Peus tost d’eus ti ma zad

En deus desket din an drouk 

e-lec’h deskiñ ar vad

 

En deus desket din an drouk

E-lec’h deskiñ ar vad

Hag e gase hon bepnoz

Da silaoù ar Zabat

 

Laret din me ta plac’hig

Plac’hig a driwec’h vloaz

Gant petra e peus ta graet

Da sorserez gentañ

 

Gant lagat kleiz ur malbran

ha kalon an tousog

en had dimeuz ur radenn

da ouel Yann dastumet

 

C’hoazh ma mije ‘bet bevet 

c’hoazh ur bloavezh pe daou

Miche lakaet Breizh Izel

Da zrein war e genaoù

 

Me m’eus ur c’houfig balon

er gêr e ti va zad

Hag an neb a zigoro 

Ez eno kalonad

 

Eno ‘zo labousioù

Hag a zo maget mad

Ha ne ket kig gonifl

Keneubeut gant kig gad

 

N’eo ket gant boued ar razed

Magan me ar re se

Gant goad an inosanted

‘Raok ma vin badeet

 

Piv ‘eor bugel er porched

Ahont gwisket en gwenn

Me ouie mont d’em laeret

D’eus dindan ar vantel

 

Me ‘ie harz d’eus ar Beleg

Da lar d’an Ofern ‘bred

Da goñsakri an osti

Ma z’eo din permeted

 

Me m’eus ur bernig keuneud

Er gêr e penn va zi

Lakan va c’hougig balon

En e-reiz da liskiñ

Da liskiñ, da liskiñ, da liskiñ

 

Eno ‘zo teir aer viper

O c’horin ur zerpan

Evit liskiñ ar bed mañ

Perpetuelamant

 

Oh Harz’ta prim ‘ta plac’hig

Na trawalc’h e peuz graet

Seiz lev ahont diouzhit

Na ziwan greunenn ‘bet

 

OH Harz’ta prim ‘ta plac’hig

Na trawalc’h e peus graet

Seiz Lev ahont diouzhit

Na ziwan greunenn ‘bet

Na ziwan greunenn ‘bet

Na ziwan greunenn’bet

La sorcière

 

Dites moi jeune fille, jeune fille de 18 ans

Avec qui avez-vous appris votre premier maléfice ?

Avec un jeune instituteur habitant près de chez mon père

Qui m’a appris le Mal plutôt que le Bien

Qui m’a appris le Mal plutôt que le Bien

Et m’emmenait chaque soir écouter le Sabat

J’ai un petit bahut en genêts à la maison chez mon père

Celui qui l’ouvrira aura un haut-le-cœur

Dedans il y a des oiseaux bien nourris

Et ce n’est pas avec de la viande de lapin ni de lièvre

Ce n’est pas avec des rats non plus que je les nourris

Mais avec le sang des innocents pas encore baptisés

Quand des enfants vêtus de blancs jouaient là-bas dans les cours

Je savais les enlever et les cacher sous le manteau

J’allais affronter le prêtre à la basse-messe

Lui demandant la permission de consacrer les hosties

J’ai un petit tas de bois au pignon de ma maison

Au coeur duquel je laisse se consumer mon bahut en genêts

Il y a là trois vipères qui couvent un serpent

Pour perpétuellement incendier ce monde

OH arrêtez vous là, jeune fille, vous en avez assez fait

Aucun grain de blé ne germe autour de vous à sept lieues à la ronde.

 

Et pour la petite note culturelle, Maylis Princé nous en dit plus

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