Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
22 Décembre 2025
Fondé en 2016, le groupe rock-blues Kaolila fait entendre des histoires de femmes du monde entier, cœur battant de leur premier album Pilhioù (2024), récompensé « Album de l’année » aux Prizioù et lauréat 2025 de Produit en Bretagne. Leur reprise d’Ar Sorserez, ancienne chanson du répertoire des sœurs Goadec, ouvre l’album. Elle puise dans la figure de la sorcière, non plus menaçante mais réhabilitée comme femme libre et affranchie, un thème nourri notamment par la lecture de Sorcières de Mona Chollet, offerte au groupe par Marion Gwenn.
L’univers de Kaolila mêle aussi un imaginaire vaudou incarné par des poupées créées pour chacun des musiciens par l’artiste Odette Picaud. Inspirées du métier de chiffonnière du XIXᵉ siècle, ces figurines rejoignent l’histoire personnelle de Marion Gwenn, dont une ancêtre exerçait ce métier : la chanson Pilhioù raconte d’ailleurs sa vie. Les textes écrits en breton par Gégé Gwenn raniment des figures féminines puissantes, de Marie Stuart à la reine angolaise Nzinga Mbande, et interrogent avec humour la place des femmes et celle de la langue bretonne, trop souvent malmenées.
AR SORSEREZ
Laret din me ‘ta plac’hig
Plac’hig a driwec’h vloaz
gant piv e peus te desket
Da Sorserez gentañ
Digant ur skolaer Yaouank
Peus tost d’eus ti ma zad
En deus desket din an drouk
e-lec’h deskiñ ar vad
En deus desket din an drouk
E-lec’h deskiñ ar vad
Hag e gase hon bepnoz
Da silaoù ar Zabat
Laret din me ta plac’hig
Plac’hig a driwec’h vloaz
Gant petra e peus ta graet
Da sorserez gentañ
Gant lagat kleiz ur malbran
ha kalon an tousog
en had dimeuz ur radenn
da ouel Yann dastumet
C’hoazh ma mije ‘bet bevet
c’hoazh ur bloavezh pe daou
Miche lakaet Breizh Izel
Da zrein war e genaoù
Me m’eus ur c’houfig balon
er gêr e ti va zad
Hag an neb a zigoro
Ez eno kalonad
Eno ‘zo labousioù
Hag a zo maget mad
Ha ne ket kig gonifl
Keneubeut gant kig gad
N’eo ket gant boued ar razed
Magan me ar re se
Gant goad an inosanted
‘Raok ma vin badeet
Piv ‘eor bugel er porched
Ahont gwisket en gwenn
Me ouie mont d’em laeret
D’eus dindan ar vantel
Me ‘ie harz d’eus ar Beleg
Da lar d’an Ofern ‘bred
Da goñsakri an osti
Ma z’eo din permeted
Me m’eus ur bernig keuneud
Er gêr e penn va zi
Lakan va c’hougig balon
En e-reiz da liskiñ
Da liskiñ, da liskiñ, da liskiñ
Eno ‘zo teir aer viper
O c’horin ur zerpan
Evit liskiñ ar bed mañ
Perpetuelamant
Oh Harz’ta prim ‘ta plac’hig
Na trawalc’h e peuz graet
Seiz lev ahont diouzhit
Na ziwan greunenn ‘bet
OH Harz’ta prim ‘ta plac’hig
Na trawalc’h e peus graet
Seiz Lev ahont diouzhit
Na ziwan greunenn ‘bet
Na ziwan greunenn ‘bet
Na ziwan greunenn’bet
La sorcière
Dites moi jeune fille, jeune fille de 18 ans
Avec qui avez-vous appris votre premier maléfice ?
Avec un jeune instituteur habitant près de chez mon père
Qui m’a appris le Mal plutôt que le Bien
Qui m’a appris le Mal plutôt que le Bien
Et m’emmenait chaque soir écouter le Sabat
J’ai un petit bahut en genêts à la maison chez mon père
Celui qui l’ouvrira aura un haut-le-cœur
Dedans il y a des oiseaux bien nourris
Et ce n’est pas avec de la viande de lapin ni de lièvre
Ce n’est pas avec des rats non plus que je les nourris
Mais avec le sang des innocents pas encore baptisés
Quand des enfants vêtus de blancs jouaient là-bas dans les cours
Je savais les enlever et les cacher sous le manteau
J’allais affronter le prêtre à la basse-messe
Lui demandant la permission de consacrer les hosties
J’ai un petit tas de bois au pignon de ma maison
Au coeur duquel je laisse se consumer mon bahut en genêts
Il y a là trois vipères qui couvent un serpent
Pour perpétuellement incendier ce monde
OH arrêtez vous là, jeune fille, vous en avez assez fait
Aucun grain de blé ne germe autour de vous à sept lieues à la ronde.
Et pour la petite note culturelle, Maylis Princé nous en dit plus
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane