Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
23 Décembre 2025
Dans Langue vivante, Clarisse Lavanant laisse affleurer une émotion immédiate, née au cœur d’une séance en studio pourtant sans intention de captation. La chanson lui est arrivée comme un élan irrésistible, un appel intérieur pour dire la fragilité et la beauté des langues dites « régionales », qu’on laisse trop souvent manquer d’air. Le breton y occupe une place centrale, langue menacée mais essentielle, porteuse d’une manière d’être au monde autant que d’une mémoire collective. Clarisse évoque l’espoir suscité par la loi Molac et la profonde déception de sa censure partielle, qui a réveillé tristesse et colère chez celles et ceux — brittophones ou non — attachés à la diversité culturelle. Elle rappelle aussi combien l’immersion (grâce à Stumdi) lui a permis de retrouver la langue de ses ancêtres, élargissant sa vie au lieu de la restreindre. Et, pour la petite histoire, c’est la première fois qu’elle s’accompagne à la guitare en studio : un moment simple, vrai, vibrant.
Cette chanson résonne particulièrement avec mon propre chemin : celui d’un amour ancien pour les langues et d’un engagement plus récent pour en apprendre une qui vacille, le breton. Comme si chaque mot retrouvé, chaque tournure sauvée, élargissait à son tour mon horizon. Approcher une langue en danger, c’est accepter d’en porter un fragment, de la faire vivre un peu plus loin, un peu plus longtemps. Bevet ar yezh, ici et ailleurs — que ces voix continuent de battre.
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane