Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
31 Mars 2026
Le mois dernier, je découvrais Marie Sizun avec La maison en Bretagne. Une porte entrouverte — et aussitôt l’envie d’aller plus loin, jusqu’à cette forme d’immersion presque compulsive qui accompagne parfois les affinités littéraires.
Avec Un léger déplacement, un retour à Paris suffit à faire vaciller une vie installée ailleurs. La maison-guerre creuse plus loin encore la mémoire d’enfance, entre refuge et trouble silencieux. Dans Ne quittez pas, les voix anonymes au téléphone disent la fragilité des liens contemporains.
Les livres suivants composent peu à peu une constellation : La gouvernante suédoise et Les sœurs aux yeux bleus explorent les silences familiaux et les trajectoires féminines entravées ; 10, villa Gagliardini et La Femme de l’Allemand ancrent cette matière dans une veine plus autobiographique, où l’absence — du père, du passé, d’une vérité pleine — devient centrale.
Même les récits plus discrets, comme Un jour par la forêt, participent de ce même mouvement : traverser les manques pour se réinventer.
À mesure que ces lectures s’additionnent, une évidence s’impose : l’œuvre de Marie Sizun se construit dans les blancs — photographies muettes, souvenirs fragmentaires, vies à demi tues. L’Absent en offre comme l’aboutissement : un amour clandestin que seule l’écriture sauve de l’effacement.
Autre voix ce mois-ci : Agnès Desarthe avec L’Oreille absolue. Le point de départ — un cimetière saturé qui oblige à « cesser de mourir » — pourrait sembler fantasque. Il devient, sous sa plume, une partition délicate.
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Le roman avance par duos, chaque chapitre laissant les autres personnages en sourdine, comme une basse continue. De cette construction musicale naît un récit choral sensible, où chacun poursuit sa ligne sans toujours entendre celle des autres — et pourtant, quelque chose s’accorde.
Après les recueils de nouvelles bilingues breton/français publiés par Al Liamm et Kezeg an Heol, déjà évoqués dans les miscellanées de février, j’ai poursuivi cette exploration en achevant la lecture des textes parus dans la revue Gwalarn, réunis par les éditions Al Liamm à l’occasion du centenaire de la revue.
Une série marquante : Laura Stern. La mini-série explore les violences sexistes et sexuelles et les défaillances institutionnelles qui les entourent. À travers le combat d’une pharmacienne et d’une association, elle donne à voir la dimension systémique des féminicides — une réalité qui, en France, demeure tragiquement quotidienne.
Mon avis : Un sujet difficile, mais une série nécessaire pour mieux en saisir les enjeux.
Mars : Le mois du breton — Mizvezh ar Brezhoneg. D’une simple annonce de la médiathèque de Landerneau est née une série "d'événements" : rencontre avec le poète Iwan Couée, balade en breton, échanges avec les membres de Ti ar Vro. Peu à peu, une confiance s’est esquissée lors de ces premiers échanges en breton, suffisante pour me donner envie de continuer dans mon apprentissage du breton.
J’ai rejoint l’association, assisté à une lecture de contes puis à une conférence sur l’histoire de la langue. Et, presque sans m’en apercevoir, j’ai pris un peu de distance avec mon fidèle syndrome de l’imposteur.
Mars : un mois riche de lectures, et une première étape franchie dans mon apprentissage du breton.
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