Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
31 Août 2026
Août : deux polars… et de belles découvertes
En août, les polars se sont installés dans ma pile à lire. La première a été une véritable découverte et un plaisir de lecture total : *Toutes les nuances de la nuit*, de Chris Whitaker, traduit de l’anglais par Cindy Colin-Kapen (Sonatine). Un roman dont les critiques dithyrambiques m’avaient donné envie de tenter l’aventure, et je dois dire que je n’ai pas été déçue. Pour un auteur qui n’en est encore qu’à son deuxième roman, Chris Whitaker fait preuve d’une étonnante maîtrise. L’intrigue policière n’est finalement qu’une des dimensions du livre : derrière le mystère et les années d’enquête se déploie une histoire d’amitié, de fidélité, de blessures et de résilience, avec des personnages auxquels on s’attache profondément. Une lecture qui m’a emportée bien au-delà du simple plaisir du polar.
Avec *La mariée silencieuse*, de Piergiorgio Pulixi (Gallmeister), je change de décor mais retrouve avec plaisir Vito Strega, le criminologue que les lecteurs de l’auteur connaissent déjà. Une nouvelle enquête sombre, autour d’un féminicide et de secrets enfouis, mais qui ne renonce ni à l’humour ni à la complicité de cette équipe d’enquêteurs que l’on retrouve avec plaisir. C’est aussi ce que j’aime dans ces séries où les personnages finissent par prendre autant de place que l’intrigue : on a un peu l’impression de retrouver des connaissances. Vito Strega s’inscrit pour moi dans cette belle tradition des héros italiens que l’on aime suivre de roman en roman, à la manière du commissaire Montalbano d’Andrea Camilleri ou du commissaire Ricciardi de Maurizio De Giovanni. Même plaisir de retrouver un univers, une atmosphère, une façon bien particulière de regarder la société italienne.
Il y a eu *La Correspondante*, premier roman de Virginia Evans, traduit de l’anglais par Leïla Colombier (La Table Ronde), qui constitue une autre belle découverte. Les romans épistolaires font partie de ces formes littéraires auxquelles je reviens toujours avec plaisir : *84, Charing Cross Road* d’Helene Hanff, *Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates* de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, *Inconnu à cette adresse* de Kathrine Kressmann Taylor… J’étais donc assez facilement conquise d’avance ! Mais Virginia Evans a su aller bien au-delà du simple charme de la correspondance. À travers les lettres que Sybil adresse, au fil des années, à ses proches, à des inconnus, à des institutions ou même aux écrivains qu’elle admire, se dessine peu à peu le portrait d’une femme brillante, drôle, parfois mordante, mais aussi profondément attachante. La correspondance devient ici une façon de rester reliée au monde, tandis que la littérature accompagne Sybil, lui sert de refuge et de dialogue. Et c’est peut-être ce qui m’a le plus touchée : cette idée que les livres que nous lisons finissent par constituer une sorte de bibliothèque intérieure, peuplée de voix qui nous accompagnent longtemps.
Puis il y a eu Le Château des Rentiers, d’Agnès Desarthe (L’Olivier), une lecture qui m’a surprise par son mélange de souvenirs, de réflexion et d’autodérision. Le titre désigne une rue du 13e arrondissement de Paris où vivaient les grands-parents maternels de l’autrice, juifs originaires d’Europe centrale, qui avaient choisi de vieillir ensemble, dans une sorte de communauté fondée sur l’entraide et la solidarité. À partir de ce souvenir, Agnès Desarthe imagine avec une joyeuse utopie ce que pourrait être, pour elle et ses amis, une manière de vieillir autrement. Mais ce qui aurait pu devenir une réflexion un peu grave sur le vieillissement est constamment traversé par l’humour, les souvenirs d’enfance, les mots yiddish, les odeurs et les plaisirs de la cuisine. J’ai beaucoup aimé cette façon de regarder le temps qui passe sans chercher à le nier : continuer à avancer, à faire des projets, à s’amuser, à rester curieux. Et surtout cette autodérision qui permet à l’autrice de se livrer avec une liberté et une vivacité qui rendent le livre particulièrement attachant.
Et enfin : Cinquième roman de ce mois d’août, Je ne te verrai pas mourir d’Antonio Muñoz Molina m’a surtout retenue par son écriture. La première partie du roman est composée d’une seule et longue phrase, qui entraîne le lecteur dans un mouvement continu, entre souvenirs, rêves et présent, sans lui laisser véritablement la possibilité de reprendre son souffle. Une contrainte qui pourrait sembler vertigineuse devient ici une véritable musique : le rythme, les reprises, les strates de la mémoire et les glissements du récit donnent à cette phrase une tension presque physique. La forme épouse ainsi admirablement le sujet du roman, ce « fil ténu » qui relie mémoire et imagination et qu’il faut, comme le dit le narrateur, prendre garde à ne pas tirer trop fort. Une belle démonstration de la virtuosité de Muñoz Molina, servie par la traduction d’Isabelle Gugnon, qui restitue avec finesse les inflexions de cette prose musicale.
Cinq romans pour le moment, donc, cinq univers très différents et, surtout, cinq plaisirs de lecture : l’éblouissement des découvertes, le bonheur de retrouver un héros auquel on s’est attaché, le charme d’une forme littéraire que j’affectionne particulièrement et cette réflexion pleine d’humour sur l’art de vieillir, et un style inimitable. De quoi donner déjà à ce mois d’août un joli goût de lecture…
Août : le moment d'une pause bienvenue. Un long break de trois semaines, qui a permis à Monsieur P. de réussir son programme de bricolage. Quant à moi j'ai profité de la canicule pour reprendre mollement mes pinceaux et préparer de petits cadeaux aux amies...
Une belle exposition au moulin de la filature : Terra in vitro de Valérie Franchini
Perak nevez gant ma brezhoneg ?
Je continue à travailler avec ma plateforme préférée Desketa et ai entamé un nouveau recueil de nouvelles "Eost" tout à fait de saison en version bilingue. Et j'ai lu "Bezhin glas, an istor difennet", l'enquête d'Inés Léraud traduite en breton.
J'ai participé à une visite du musée de Saint-Servais dédié à Yan' Dargent, cette fois-ci en breton. Quelle surprise de retrouver une cinquantaine de personnes rassemblées dans ce tout petit village pour suivre la visite-conférence de Ronan Hirrien, et de reconnaître dans l'assemblée une animatrice que je vois habituellement le samedi dans "Evel Just" sur le petit écran ! Le fait d'avoir préparé en amont cette visite (en l'effectuant une première fois en français, un mois auparavant) m'a certainement aidée à comprendre, mais je suis contente du chemin parcouru en un an.
J'ai assisté à un pardon traditionnel à Chateauneuf du faou, me remettant dans les pas de Marguerite et Paul Sérusier., l'occasion d'entendre un peu de breton.
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