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Souvenirs illustrés de petits moments, balades, lectures, expositions....qui font le sel de la vie !

Σημεῖο Ἀναγνωρίσεως - Signe de reconnaissance - Kiki Dimoula

Tout d'abord  une introduction à l'œuvre de cette poétesse grecque par Michel Volkovitch :

"Les poèmes de Kiki Dimoula ne ressemblent à rien. Peu de poètes donnent cette impression de nouveauté radicale. Cela commence par ses sujets, si étranges — étranges à force de ne pas l'être, infimes le plus souvent, tirés du quotidien le plus banal. Un paysage sans histoire. La pluie. Le mouvement des vagues sur le rivage. Le vent dans les feuilles. Une goutte de sang. Un objet familier, bibelot, table basse, cassette audio, répondeur.

Un commentateur grec, Nìkos Dìmou, va plus loin : la poésie de Dimoula n'a qu'un sujet : le néant. «L'unique thème de Dimoula, c'est le passage — progressif ou soudain — de l'être au non-être. Ce passage qui s'appelle temps, usure ou mort.»

En effet : chacun de ses poèmes reprend à neuf, obsessionnellement, l'inventaire de ce qui est perdu, de ce qui n'est plus. La mort d'un mari bien-aimé, qui hante les recueils suivant celui-ci, ne fera que cristalliser cette obsession, la rendre plus vive encore." 

la suite à lire ici

Sculpture de Costas Seferlis "Epire du Nord" Γλυπτό του Κώστα Σεφερλή «Βόρειος Ήπειρος» (1951)

Sculpture de Costas Seferlis "Epire du Nord" Γλυπτό του Κώστα Σεφερλή «Βόρειος Ήπειρος» (1951)

Σημεῖο Ἀναγνωρίσεως
ἄγαλμα γυναίκας μέ δεμένα χέρια 
 Ὅλοι σέ λένε κατευθείαν ἄγαλμα,
ἐγώ σέ πρσφωνῶ γυναίκα κατευθείαν.

Στολίζεις κάποιο πάρκο.
Ἀπό μακριά ἐξαπατᾶς.

Θαρρεῖ κανείς πώς ἔχεις ἐλαφρά ἀνακαθήσει
νά θυμηθεῖς ἕνα ὡραῖο ὄνειρο πού εἶδες,
πώς παίρνεις φόρα νά τό ζήσεις.
Ἀπό κοντά ξεκαθαρίζει τό ὄνειρο:
δεμένα εἶναι πισθάγκωνα τά χέρια σου
μ' ἕνα σκοινί μαρμάρινο
κι ἡ στάση σου εἶναι ἡ θέλησή σου
κάτι νά σέ βοηθήσει νά ξεφύγεις
τήν ἀγωνία τοῦ αἰχμάλωτου.
Ἔτσι σέ παραγγείλανε στό γλύπτη:
αἰχμάλωτη.
Δέν μπορεῖς
οὔτε μιά βροχή νά ζυγίσεις στό χέρι σου,
οὔτε μιά ἐλαφριά μαργαρίτα.
Δεμένα εἶναι τά χέρια σου.
Καί δέν εἶν' τό μάρμαρο μόνο ὁ Ἄργος.
Ἄν κάτι πήγαινε ν' ἀλλάξει
στήν πορεία τῶν μαρμάρων,
ἄν ἄρχιζαν τ' ἀγάλματα ἀγῶνες
γιά ἐλευθερίες καί ἰσότητες,
ὅπως οἱ δοῦλοι,
οἱ νεκροί
καί τό αἴσθημά μας,
ἐσύ θά πορευόσουνα
μές στήν κοσμογονία τῶν μαρμάρων
μέ δεμένα πάλι τά χέρια, αἰχμάλωτη.

Ὅλοι σέ λένε κατευθείαν ἄγαλμα,
ἐγώ σέ λέω γυναίκα ἀμέσως.
Ὄχι γιατί γυναίκα σέ παρέδωσε
στό μάρμαρο ὁ γλύπτης
κι ὑπόσχονται οἱ γοφοί σου
εὐγονία ἀγαλμάτων,
καλή σοδειά ἀκινησίας.
Γιά τά δεμένα χέρια σου, πού ἔχεις
ὅσους πολλούς αἰῶνες σέ γνωρίζω,
σέ λέω γυναίκα.

Σέ λέω γυναίκα
γιατ' εἶσ’ αἰχμάλωτη

En vidéo : la lecture de ce poème...

Signe de reconnaissance
Statue de femme aux mains liées
Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi aussitôt je te donne le nom de femme.

Tu décores un jardin public.
De loin tu nous trompes. 


On te croirait légèrement redressée
pour te souvenir d’un beau rêve,
et prenant ton élan pour le vivre.
De près le rêve se précise :
tes mains sont liées dans le dos
par une corde de marbre
et ta posture, c’est ta volonté
de trouver quelque chose qui t’aide
à fuir l’angoisse du prisonnier.
On t’a commandée ainsi au sculpteur :
Prisonnière.
Tu ne peux
Peser dans ta main ni la pluie
ni la moindre marguerite.
Tes mains sont liées.

Ce n’est pas seulement le marbre qui te garde
Comme Argus. Si quelque chose allait changer
dans le parcours des marbres,
si les statues entraient en lutte
pour conquérir la liberté, l’égalité,
comme les esclaves,
les morts
et notre sentiment,
toi tu marcherais
dans cette cosmogonie des marbres
les mains toujours liées, prisonnière.

Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi tout de suite je t’appelle femme.
Non pas du fait que le sculpteur
a confié une femme au marbre
et que tes hanches promettent
une fertilité de statue,
une belle récolte d’immobilité.
À cause de tes mains liées, que tu as
depuis que je te connais, tous ces siècles,
je t’appelle femme.

Je t’appelle femme
car tu es prisonnière.

In "Le Peu du monde" suivi de "Je te salue Jamais" © Éditions Gallimard 2010 pages 49/50

(traduction de M. Volkovitch)
 

En cherchant sur internet la photo pour illustrer ce poème, j'ai aussi découvert, des clichés de cette même statue mutilée.

Des inconnus ont "décapité"  la statue, en ont coupé les jambes et une partie de la main.

La statue représente symboliquement l'Epire du Nord. Elle représente une femme, les mains liées derrière le dos, qui lève la tête. Le mouvement est intense et reflète la résistance de la terre enchaînée de l'Épire septentrionale. Située dans la rue piétonne Tositsa, à l'École polytechnique,  elle est l'œuvre du sculpteur Costas Seferlis et a été offerte à la municipalité d'Athènes en 1951. Elle a inspiré Diki Dimoula pour son poème. "Signe de reconnaissance"

 

Σημεῖο Ἀναγνωρίσεως - Signe de reconnaissance - Kiki Dimoula
Σημεῖο Ἀναγνωρίσεως - Signe de reconnaissance - Kiki Dimoula
Σημεῖο Ἀναγνωρίσεως - Signe de reconnaissance - Kiki Dimoula

Ces actes de vandalisme se sont produits en 2016 et je ne sais pas si la restauration en est terminée...

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