Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
15 Septembre 2025
Parmi les ressources que j'utilise pour mon apprentissage du grec, il y a l'équivalent du projet Gutemberg : le site https://www.openbook.gr/ , où j'ai déniché cette nouvelle de l'autrice grecque Charoula Apostolidou.
Plongé dans la forme intime du journal épistolaire, ce récit fait résonner la voix d’une mère grecque contrainte de partir en Allemagne dans les années 1960, emportée par l’accord conclu entre les deux pays : d’un côté, la pénurie de main-d’œuvre allemande, de l’autre, un chômage écrasant en Grèce. Face à elle, à travers les lettres, la voix de son enfant, resté au pays auprès des grands-parents, témoigne de la distance, de l’attente et du lien fragile que seule l’écriture parvient à maintenir.
Pour donner envie à mes lectrices, lecteurs héllénophones, je vous joins la présentation de ce récit. La nouvelle peut être lue en ligne ou téléchargée gratuitement (et légalement bien sûr) via ce lien.
Η Γερμανία ήταν παρούσα σε όλη μας τη ζωή. Ακόμη είναι. Σφράγισε τη ζωή μας. Πάντα έβρισκε χώρο στις κουβέντες μας. Τρύπωνε και θρονιαζόταν. Στάθηκε αδύνατο ν' ατην απεκδυθούμε. Είχε γίνει ένα με την πέτσα μας.
Την συναντούσαμε στα γράμματα, στις φωτογραφίες από ελληνικά γλέντια στην ξενιτιά, τα ρούχα μας, τα ηλεκτρικά μας, με πρώτη και καλύτερη την έγχρωμη τηλεόραση, στις κοτολέτες μας, τα σνίτσελ και τα βουρστ, στα ογκώδη ποτήρια της μπύρας, στις κουρτίνες, στα διακοσμητικά κεριά, στα δέματα, στα υφάσματα και τα καπέλα, στις πλεχτές μπέρτες, τις σοκολάτες.
Για πολλά χρόνια η Γερμανία φορούσε φωτοστέφανο αγίας, θεότητα για τα πεινασμένα νιάτα, που έφυγαν με ρουφηγμένα από την πείνα μάγουλα και επέστρεψαν στην πατρίδα κοκκινομάγουλα, με λάχανο μαλλί, προτεταμένα στομάχια και μακριές φαβορίτες. Αλλά ξένοι για τα παιδιά τους.
L'Allemagne a été présente tout au long de notre vie. Elle l'est encore aujourd'hui. Elle a marqué notre vie. Elle trouvait toujours sa place dans nos conversations. Elle s'immisçait et s'imposait. Il était impossible de s'en débarrasser. Elle faisait partie intégrante de notre identité.
Nous la retrouvions dans les lettres, dans les photos de fêtes grecques à l'étranger, dans nos vêtements, dans nos appareils électriques, à commencer par la télévision couleur, dans nos côtelettes, les schnitzels et les saucisses, dans les énormes verres de bière, dans les rideaux, dans les bougies décoratives, dans les colis, dans les tissus et les chapeaux, dans les bonnets tricotés, dans les chocolats.
Pendant de nombreuses années, l'Allemagne a porté une auréole de sainteté, une divinité pour les jeunes affamés, qui sont partis les joues creusées par la faim et sont revenus dans leur patrie les joues rouges, les cheveux longs, le ventre proéminent et de longues favoris. Mais étrangers à leurs enfants.
(essai de traduction de la présentation, soyez indulgents !)
Mon avis : je retrouve avec cette lecture le plaisir que j'ai eu en lisant "Carte Postale" de Virginia Hislop. Les chapitres très courts me motivent à lire tous les matins. Et c'est aussi un échappatoire bienvenu à la lecture angoissante de la presse quotidienne grecque tout aussi déprimante que la nôtre !
J'espère que cela me permettra d'accélérer ma lecture débutée il y a près d'un an de la maison près du fleuve...Pour l'instant la lecture me semble bien difficile, présomptueuse que j'étais !
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane